L’ entreprise et la solidarité

mercredi 17 novembre 2010

 

La question est fréquente, venant de la part des acteurs économiques ou d’autres : à quoi servent les fondations, les associations et d’une façon générale les actions d’insertion par l’économie, pour des entreprises dont le but est de faire du profit ?

Ou dit autrement : la solidarité est-elle rentable, utile ?

Permettez- moi de vous répondre par un petit détour par ma vie passée d’entrepreneur.

Il y a 30 ou 35 ans, nous vîmes arriver dans nos entreprises l’application, plus stricte, des règles de sécurité : port réel du casque, du harnais, des chaussures de sécurité, des gants, etc. Mais comment nos compagnons allaient-ils pouvoir continuer à travailler avec tout cet harnachement ?

Il y a 20 ans, nous vîmes débarquer l’assurance qualité, avec ses non-conformités, ses exigences de traçabilité, ses normes ISO et ses certifications. Mais comment travailler avec tous ces papiers, ces contrôles, les validations des contrôles, etc. etc. ? Il a 10 ans, ou un peu plus, nous vîmes s’imposer la gestion des déchets, des gravats, des cartons, des palettes, le tri des métaux, la mesure et le traitement des bruits, de la poussière, les économies de gas-oil, d’eau, d’électricité, de papier, etc. Mais comment travailler avec toutes ces contraintes ? Car nous avions pris toutes ces démarches comme des contraintes qui se superposaient, des empêchements à travailler normalement.

Avec le recul sur ces décennies passées, nous devons bien reconnaître que ces gênes se sont mues en valeurs ajoutées : comment ne pas voir aujourd’hui que moins d’accidents induit plus de disponibilité et d’implication de la part d’un personnel mieux respecté, plus de suivi qualité et moins de défauts diminuent les coûts des malfaçons et le nombre de clients insatisfaits, moins de déchets, d’énergie gaspillée, de pollution, apportent aussi leur part d’amélioration des marges et des conditions de travail.

cycle de la qualité {GIF}

Ainsi ce qui fut perçu à l’origine comme des charges s’est révélé source de gains. Or il en est de même aujourd’hui pour la solidarité.

S’intéresser aux jeunes en demande de stage, d’orientation, de parrainage, se préoccuper de diversité, d’égalité de traitement des femmes, tenir compte de l’accès au travail des personnes avec handicap, du maintien des seniors dans l’entreprise, d’achats responsables, etc. reste souvent perçu par bien des entrepreneurs comme des contraintes supplémentaires, du temps et des coûts en plus.

Exactement comme le furent les règles de sécurité, l’assurance qualité, le traitement des déchets, il y a quelques décennies.

 

Or comme pour les obligations passées devenues sources de progrès, de profit, la solidarité se révélera très vite un gisement de valeurs ajoutées.

 

Car en effet, il ne parait pas stupide d’essayer d’accroître le résultat d’ exploitation en cherchant à combattre l’illettrisme - réalité souvent ignorée - et par là, d’améliorer la compréhension des consignes et la communication interne ; il ne parait pas moins utile de faire parrainer des jeunes par des seniors, de transmettre au mieux l’expérience de ceux-ci, de s’intéresser aux talents des jeunes issus de l’immigration, de promouvoir à égalité les femmes, d’intégrer les personnes avec handicap, etc., etc. Et tout cela afin de construire le quotidien, puis l’avenir, avec profit !

 

Sachant aussi que s’il parait indispensable de faire tomber les barrières catégorielles (age, couleur, sexe, origine, etc.), il convient de même d’abroger - toujours dans la recherche de résultat – les frontières entre l’entreprise et la société civile : nos communautés de travail ne sauraient en effet survivre en vase clos, ignorantes du monde qui les entoure, fermées aux richesses des rencontres, indifférentes aux engagements citoyens de leurs collaborateurs.

 

Beaucoup de nos concitoyens ont perçu que la solidarité n’est plus aujourd’hui – comme il y a 30 ans – affaire de bons sentiments. Elle n’est plus une option mais une obligation. Elle ne fait plus appel à la générosité mais à la lucidité. Comment en effet imaginer que la collectivité humaine trouvera les solutions aux défis écologiques d’aujourd’hui, si elle ne s’unit pas pour cet objectif de survie générale ?

Comment croire de même, que sans solidarité nous puissions échapper à une montée rapide et forte de la haine, de la violence, conséquences des exclusions grandissantes ?

 

Ou « l’insurrection des consciences », pour reprendre l’expression du penseur Pierre Rabhi, l’emporte et notre planète peut rester viable, car encore habitable et humaine, ou bien non.

 

Il nous faut choisir maintenant.

Jean Carré (12 11 2010)

 

 


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