"La solidarité, ce n’est pas une parole, c’est un acte..."

vendredi 15 octobre 2010

 

Si on me demandait aujourd’hui de fonder la solidarité, je crois que je n’irais pas d’abord chercher au niveau des valeurs, parce que la solidarité serait une valeur très humaine, pleine du sens de la justice, mettant chaque personne a sa vraie place. Tout ceci est déjà très grand.

Mais pour moi, je préfère fonder la solidarité sur la Foi, c’est dans ma vie de croyant qu’elle prend sa source, c’est au cœur même de mon acte de Foi, et je me sens alors tout petit devant cette réalité.

Oui, la solidarité, je la trouve inscrite dans cette Parole immense qui ouvre l’Evangile de Jean : « le Verbe s’est fait chair ‘’. Pour le chrétien, c’est le bouleversement le plus total :Dieu sort de son isolement, il n’y a plus de supériorité, de condescendance, en Jésus, tout Dieu et tout l’Homme sont liés, il ne peut plus y avoir d’un côté l’Un et d’un autre côté les autres.

La solidarité prend sa source là. Elle change tout : ce qui était fragile, démuni, ce qui était voué à la mort, entre définitivement dans la Vie, tout prend sens, même dans le plus grand dénuement.

Jésus exprime cela dans tous ses actes, parce que la solidarité ce n’est pas une parole, c’est un acte. Et lorsqu’il lit Isaïe à la synagogue de Nazareth (en Luc 4.16.21),il déclare que le cadeau de Dieu (l’année de grâce) ce sont les actes d’aujourd’hui : les pauvres reçoivent une bonne nouvelle, les captifs peuvent aspirer à la libération, les aveugles voient, les opprimés retrouvent la liberté.

Alors on voit se réaliser cette espérance, cette solidarité tant attendue, mais qui attendait ce pas de Dieu. Les métiers les plus méprisés (les bergers, peut-être les SDF de l’époque) reçoivent la primeur que Dieu se fait solidaire sur la paille comme eux. Les pécheurs, les gens pas bien, qui n’ont pas les bonnes valeurs, ne sont plus méprisés et méprisables, Jésus vient manger à leur table. Les malades, les lépreux, les morts même, il les touche, les barrières de la peur disparaissent. Les femmes, dont l’historien de l’époque Flavius-Josèphe disait « elles sont en tout inférieures aux hommes’’, et dont les juifs pieux affirmaient : « Je te loue, Dieu, de ne m’avoir fait naître ni parmi les païens, ni parmi les esclaves, ni parmi les femmes’’.

Eh bien ce sont elles qui exprimeront avec le plus de force la confiance, la joie, l’audace :Elisabeth, la Samaritaine, la Cananéenne, Marthe et Marie. C’est une femme qui ira parler de résurrection aux disciples. Les exclus, ce sont encore les enfants, mis souvent au rang des esclaves, et pourtant c’est à ceux qui leur ressemblent que la nouveauté de Dieu est promise. Enfin les étrangers, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui. « Je n’ai jamais vu une telle Foi’’ dira Jésus du centurion romain et de la femme cananéenne.

Jésus, mauvaise nouvelle, pour ceux qui disent et ne font pas, qui mettent de lourds fardeaux sur les épaules des autres, qui agissent pour se faire remarquer, qui s’établissent en juges. Malheureux vous, les sépulcres blanchis.

Il risque d’y avoir une ambiguité lorsque l’Eglise, dans sa doctrine sociale, parle de solidarité, de fraternité, de destination des biens, de personne humaine. Je crois qu’en aucun cas, il s’agit d’un catalogue de valeurs à mettre en œuvre. C’est d’une Foi, d’une mystique, dont elle nous parle. C’est une route, jamais achevée, une tension, un risque. C’est un témoignage, c’est un martyre. Alors, nous avons besoin les uns des autres, chacun apportant son don, nous laissant émerveiller par tout ce qu’il nous est donné de voir, et secouer par tout ce qu’il reste à faire.

C’était la conviction de Jean Rodhain.

 JPR.

ce 10.10.10


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