Retrouver le sens du politique

vendredi 10 février 2017
par  Yves Morel

RETROUVER LE SENS DU POLITIQUE

Dans la perspective des élections qui auront lieu cette année 2017, la paroisse St-Etienne - Ste Jeanne d ’Arc a organisé, le 27 janvier, une soirée-débat pour échanger sur la lettre des évêques « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » . Autour de la table-ronde animée par Jean-Marie Beauvais, deux élus de la ville de Tours : Aurélie Ossadzow, conseillère municipale de la majorité et David Chollet, conseiller municipal de l’opposition.

PREMIERE PARTIE : LE CONSTAT QUE FONT LES EVEQUES
L’animateur tente de résumer les chapitres de l’ouvrage qui relèvent du constat en quatre points :
• Le fossé se creuse entre les citoyens et leurs représentants et gouvernants. Les causes sont connues : ambitions personnelles démesurées, paroles non tenues, absence de vision à long terme, … Et c’est pourquoi, il faut retrouver le sens du politique.

• La contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel et la culture de l’affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue. On ne supporte plus guère toute parole émanant d’une autorité quelle qu’elle soit.

• Notre société se plaint des contraintes qui découragent les initiatives mais en même temps réclame des protections supplémentaires. On veut à la fois la sécurité et la liberté.

• Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, chaque génération était assurée de mieux vivre que la précédente. Ce n’est plus le cas, les Français redoutent de subir un déclassement.
Puis, il pose la même question à chacun des deux invités : partagez-vous les constats des évêques et arrivez-vous aussi à la conclusion qu’il faut repenser le contrat social ou bien faites-vous une analyse différente de la situation actuelle ?

Pour Aurélie Ossadzow, le constat des évêques est assez lucide.
A quoi sert la politique, se demande-t-elle. A construire le « nous ». On a besoin de créer du lien, la politique et les lois y concourent. Aujourd’hui, la société marche à l’envers, comme si elle devait s’adapter aux individus, et non l’inverse comme avant. La conséquence est le refus de l’autorité.
Ajoutez à cela les média (journaux, télé, internet…) qui délivrent toute information « urbi et orbi » et de façon instantanée, donc au détriment de la réflexion, et favorisant l’émotion. Et on fait des lois qui « réagissent » à cette émotion.
Enfin, elle pointe la peur de l’avenir. Et surtout l’incertitude qui génère cette peur. Ce constat n’est pas optimiste, mais il faut voir le champ des possibles qui s’ouvre à nous, conclut-elle.

David Chollet, lui, pointe quelques points de désaccord par rapport au texte des évêques :
Ambition démesurée des hommes politiques ? J’y vois plutôt des ambitions raisonnables, répond-t-il, mais ces ambitions trop nombreuses nécessitent un arbitrage. Et cela crée des frustrations, inévitablement.
On ne peut pas éviter les luttes internes violentes au sein des partis et entre les partis, avec tout ce que cela implique au niveau des comportements. Il n’y a pas des hommes politiques plus « saints » que les autres. La politique mène tous les politiciens à sortir d’un idéal.
Le conflit est nécessaire, et, s’il est démocratiquement organisé, il est porteur d’avenir, d’innovation. Mais dans de nombreux cas, il n’y a pas de compromis possible.
Néanmoins, il se dit d’accord avec le fait que les Français se sentent particulièrement malheureux et dégoûtés par la politique : « Il y a une sorte de panne de nos sociétés qui se sont individualisées par la surconsommation, mais ce système marche de moins en moins bien : on ne pourra pas continuer comme cela. Par ailleurs, il est incompatible avec les contraintes écologiques ».

DEUXIEME PARTIE : LES PISTES DE SOLUTION DES EVEQUES
Pour ceux qui n’ont pas encore lu la lettre des évêques, l’animateur en résume le contenu en faisant ressortir cinq pistes de solution :
• S’appuyer sur le christianisme qui peut partager son expérience doublement millénaire et sans cesse renouvelée d’accueil et d’intégration de populations de cultures différentes dans la naissance d’une identité qui ne nie pas les autres appartenances.

• Miser sur l’éducation. Plus qu’une armure, c’est de charpente que nos contemporains ont besoin pour vivre dans le monde d’aujourd’hui. Et cette charpente, c’est l’éducation.

• Proposer un projet mobilisateur. Au-delà du discours gestionnaire, il faut se préoccuper du pour quoi. Il faut redonner un souffle politique et démocratique au projet européen. Ceci dit, il faut accepter que le temps des récoltes ne soit pas celui des semences et donc consentir à inscrire son action dans le temps long.

• Faire comprendre que le compromis est une tâche indispensable et noble du débat politique. Même si le compromis n’est qu’un moindre mal qui laisse insatisfait aussi bien ceux qui estiment qu’on a été trop loin que ceux qui estiment qu’on n’a pas été assez loin.

• Adopter une juste compréhension de la laïcité. La laïcité de l’Etat est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes les religions et non-croyants, de vivre ensemble.
Puis, l’animateur termine en reprenant la conclusion des évêques : notre pays est un pays en attente, riche de tant de possibilités. Mais les solutions ne viendront pas d’abord de l’économie et de la finance mais de cette écoute personnelle et collective des besoins profonds de l’homme et de l’engagement de tous.
Comme à la fin de la première partie, il donne la parole aux deux élus invités : faites-vous vôtres ces propositions des évêques ou avez-vous d’autres solutions à proposer ?

David Chollet se déclare assez d’accord avec ce qui est développé dans cette partie du texte.
Toutefois, il est étonné d’y lire que le christianisme aurait des solutions que la laïcité n’aurait pas et se méfie du débat sur la laïcité : « Je ne vois pas comment le débat sur la laïcité apporterait des solutions que la société française a su historiquement apporter. Il ne faut pas utiliser ce débat pour régler des problèmes qui relèvent du vivre ensemble. Les questions d’intégration ne sont pas fondamentalement des questions religieuses, et la laïcité n’a d’utilité que pour garantir la liberté de conscience et la coexistence religieuse ».
Pour lui, la réforme de l’éducation est effectivement un sujet prioritaire. Elle véhicule des inégalités sociales et intergénérationnelles très fortes. Comment réformer une société qui commence à ressembler un peu à une société de castes ?

Aurélie Ossadzow estime qu’il faut revoir le système éducatif pour mettre fin au nivellement par le bas. L’éducation pourra aussi apprendre à trouver des compromis, à gérer la violence, à construire une identité par l’apprentissage de l’histoire. Il ne faut pas avoir peur de se définir comme français.
Elle se dit fascinée par la méconnaissance des électeurs de la constitution française, des modes de scrutin : « Il serait bon d’éduquer les citoyens, afin qu’ils critiquent constructivement. Il faut aussi apprendre ce qu’est la subsidiarité et surtout la pratiquer. Et enfin, utiliser les énergies disponibles et en particulier celles des jeunes ».
Un chrétien en politique est-il meilleur que les autres ? Non, mais on est chrétien de par le baptême qu’on a reçu à la suite d’une longue tradition qui nous rattache au passé et avec une espérance qui nous donne une perspective à venir : le chrétien en politique s’inscrit donc dans le long terme qui le protège d’une vision court-termiste.

TROISIEME PARTIE : ECHANGES AVEC LA SALLE
L’animateur adresse aux participants (une soixantaine) les questions que posent les évêques à la fin de leur travail : Pensez-vous possible que des choses changent ? Pensez-vous possible d’apporter votre pierre, même modestement, à ces changements ? Si les deux élus répondent positivement à ces questions, la salle, elle, a préféré poursuivre sur le débat.
Pour certains, l’éducation nationale est dans une impasse mais pour d’autres, il existe des initiatives remarquables : par exemple, comme « Fondation Espérance Banlieues » qui construit des écoles pour lutter contre le décrochage scolaire et intégrer les enfants issus de l’immigration (un projet existe à Tours).
Certains insistent sur l’impuissance croissante du politique, d’autres pensent néanmoins qu’il faut apporter notre soutien à nos politiques et éviter de relayer un discours décliniste. Pour certains, des philosophies s’affrontent et le compromis n’est fondamentalement pas possible. Pour d’autres, en partant des faits, on devrait pouvoir construire ensemble.

Au bout de deux heures, le Père Vincent Marik, le curé de la paroisse qui accueille ce soir la soirée-débat, remercie les intervenants et les participants puis invite chacun de nous à s’engager sans angélisme.

Texte : Jean-Marie Beauvais sur la base des notes prises par Jean-François Herchin
Tours, le 29 janvier 2017
Légende : de gauche à droite, Aurélie Osadzow, Jean-Marie Beauvais, David Chollet.


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