La place des pauvres dans l’ Eglise

mercredi 28 novembre 2012
par  Pôle diocésain de solidarités

 

27/10/2012 LA PLACE DES PAUVRES DANS L’EGLISE Gwenola RIMBAUT

 

MATIN

  1. QU’EST CE QUE NOUS ENTENDONS PAR « LES PAUVRES » ?

 

 

PERSONNES VISEES : les pauvres. Il convient de garder le mot. « Nous sommes tous pauvres » disons-nous bien souvent. La tentation est grande de lisser les choses, ce qui provoque un glissement des notions.

La pauvreté inhérente à notre condition humaine : on parle alors de vulnérabilité : tous nous sommes confrontés à la finitude, à la souffrance, aux épreuves de nos limites humaines.

La pauvreté spirituelle : l’humilité, concerne tous les croyants. Petitesse devant la grandeur de Dieu, qui nous ouvre à la contemplation devant la grandeur et les merveilles de la nature, devant la beauté de tout être humain.

La pauvreté matérielle, subie et non choisie qui entraîne une dépendance et contient une dimension d’humiliation. Cette pauvreté n’est pas le lot de tout le monde. Cette pauvreté est objective, car quantifiable (seuil de pauvreté : - de 710 € par mois). Elle comporte une dimension subjective : dépendance, humiliation, mises en avant par ATD Quart Monde. Très présente dans l’Ancien Testament « Anawwin » : être courbé, accablé, incliné, le pauvre n’a pas le droit de regarder en face à face : "la face contre terre"". Tous les droits de l’homme sont lettre morte : pas le droit à la parole, à la citoyenneté… La parole des pauvres est discréditée d’où humiliation.

 

Un réel enjeu pour nous : donner la place aux pauvres dans tous les lieux d’Eglise.

2. L’ EGLISE EST SERVANTE DES PAUVRES DEPUIS L’ORIGINE

Matthieu, 25,35 permet d’identifier les plus pauvres à Jésus lui-même. Dans l’Eglise, il y a eu un réel « prendre soin ».

Table eucharistique, table des pauvres : c’est un idéal toujours poursuivi.

Les Pères de l’Eglise se sont toujours montrés insistants. G.de Nice : « Ne méprisez pas les pauvres…. Demandez-vous qui ils sont, et vous découvrirez leur grandeur ». Tous les visages de pauvres nous renvoient à notre responsabilité.

 

Dans l’histoire, l’Eglise a réellement organisé la charité, le service. « Les biens de l’Eglise, sont biens des pauvres » car ils proviennent d’aumônes….Cette charité a perduré au travers des siècles dans et par la mission des congrégations religieuses.

Cette charité n’est pas sans poser problème :

attitude d’assistance positive certes, mais qui met les pauvres dans la situation de recevoir. La personne pauvre est considérée à partir –uniquement- de son manque. Manière unilatérale qui consiste à ne jamais regarder le pauvre dans sa capacité à donner.

bons et mauvais pauvres. Dès le 5ème siècle l’Eglise fait des listes : pour recevoir, il faut être bon chrétien, pratiquant et reconnu. La personne itinérante est un mauvais pauvre. Cela va perdurer… « Ils ne font pas ce qu’il faut pour se sortir d’affaire… s’ils buvaient moins". On traîne toujours une suspicion…

Il faut travailler notre manière de considérer la personne pauvre, la relation que nous établissons avec elle.

PRISE de CONSCIENCE : VATICAN 2 et L’APRES CONCILE

La réciprocité dans le prendre soin et le don est mise en valeur.

Jean XXIII, est un pape issu d’un milieu pauvre et parle d’une Eglise des pauvres. Dans les schémas préconciliaires, le mystère du Christ dans les pauvres n’est pas présent : c’est la question centrale ! L’expérience de la pauvreté ouvrière est importante au début du 20ème siècle. L’Eglise –Corps du Christ- est comme amputée, puisqu’elle ne se fait pas Eglise des pauvres.

Elle est invitée à suivre le chemin de pauvreté. "Lumen Gentium", insiste :"Pas de connaissance du Christ, si pas de connaissance des pauvres". Nous ne pouvons pas dissocier le Christ des pauvres et nous ne pouvons pas nous d’Eglise si nous ne connaissons pas les pauvres : elle le Corps du Christ ! Deux grandes conférences, Medellin en 1968, et Puebla en 1979, ont été très fortement porteuses de ce message. Elles nous invitent de manière pressante –et c’est pour aujourd’hui- à nous engager à leur côté pour plus de justice, pour créer des lieux d’échanges, pour découvrir la force évangélique des pauvres.

Les pauvres sont des personnes libres et responsables, en capacité de construire leur avenir. Constituons-nous alors partenaires pour œuvrer avec elles, à leur propre libération.

Dans notre pays, comment cela peut-il se faire ?

 

Donner aux plus pauvres de lieux d’Eglise : Pas de communauté chrétienne sans lien étroit aux plus pauvres, elles y sont intrinsèquement liées ! Quels lieux pour entendre leurs pensées et leur voix ? Les pauvres sont participants à part entière. Vigilance quant à notre attitude d’accueil

Le partage de la foi, de la Parole est actuellement réalisé par une minorité. L’enjeu est fondamental, en vue d’un chemin de conversion réciproque. Nous sommes ainsi poussés à nous interroger aux liens de réciprocité avec eux.

 

APRES MIDI

LA PAROLE DES PAUVRES

 

Gwenola Rimbaut a travaillé sur les partages de la Parole d’un groupe de Toulouse, proche du mouvement ATD Quart Monde. Elle a publié un livre « Les Pauvres : interdits de spiritualité ?La foi des chrétiens du Quart Monde » Éditions L’Harmattan. Par ailleurs elle participe à un groupe de recherche sur ce thème au Centre Sèvres (faculté jésuite) avec notamment Etienne GRIEU sj.

Interpréter la parole des plus pauvres nécessite prudence et finesse, un croisement de regards ; exemple : la parole de l’Exode « Moïse fut placé dans un couffin » renvoie pour certains pauvres au « placement d’enfant ».

Une altérité à accueillir :

Il faut accepter l’étrangeté du pauvre, accepter d’être dérouté, mené vers d’autres chemins.

Les pauvres mettent en valeur l’incarnation de Jésus dans une vie très humble (cf hymne Ph 2, 6-7). Ces chrétiens sont touchés par la proximité de Jésus et par la force de son salut. Même si leurs conditions de vie ne progressent pas, ils ont foi concrètement dans la vie, ils sont très réalistes, exemple : « J’attends un bus qui n’arrive pas ; je prie ; le bus arrive, c’est un clin d’oeil de Dieu ! ».

 

« Jésus il est comme nous » :Echange à partir de Lc 4, 16-19 (la prédication de Jésus dans la synagogue de Nazareth) :

Bruno : « Jésus donne la foi, qui rend plus fort ». « Jésus vient nous donner une force intérieure, un moyen pour surmonter nos difficultés de vie ». Bruno est conscient de sa violence : « Jésus m’empêche de casser la gueule, de dégoupiller quelqu’un ». « Jésus aurait pu finir autrement que sur une croix ; j’en connais pas, des personnes donnant leur vie pour un autre ; c’est un réconfort de savoir qu’il est venu pour nous rencontrer tels que nous sommes, avec la même humilité (pauvreté) que nous »

Paroles dans d’autres groupes : « Jésus, il est comme nous ». Pour les chrétiens du quart monde, l’incarnation de Jésus est spécifique : Dieu accepte la vie à la marge. Dieu n’a pas triché ; « il est avec nous dans nos souffrances ».

 

Centralité de la Croix dans la foi chrétienne :

 

Les chrétiens du quart monde nous rappellent que la Croix est glorieuse, qu’elle est Résurrection : ils connaissent une vie d’humiliation, de stigmatisation et ils entendent l’humiliation de Jésus. Cela donne consistance à leur vie, à leur dignité ; Dieu est proche des humiliés. Sur la Croix, Jésus pardonne au bourreau, au bon larron....ils entrent ainsi dans un chemin plus ou moins rapide de pardon.

 

Animation par des pauvres du chemin de Croix à la cathédrale de Toulouse :

 

Des commentaires sont proposés à chaque station. Voici par exemple les questions introductives posées à la première chute de Jésus : « que ressentons nous quand nous tombons ? Que fait Jésus à ce moment ? ». Réponse d’André : « on ressent l’exclusion....l’humiliation ; Jésus me dit : relève toi et agis ! Moi cela m’arrive d’engueuler Dieu, qui est toujours là mais n’intervient pas ». André refuse l’impuissance de Dieu car il lui donne la force de se relever. Mais « Dieu ne prend jamais ma place ». Les pauvres ont des paroles convaincantes et sont donc acteurs de l’évangélisation.

 

La foi en un Dieu créateur et Père de tous les hommes :

 

Les pauvres ont pour base de leur foi le Christ mais aussi ils croient en Dieu, père et créateur car ils sont très sensibles à la paternité, à la vie donnée. La paternité de Dieu n’est pas discréditée, malgré leurs histoires familiales difficiles.

Dieu est le père idéal, un modèle, le père protecteur. C’est un père qui ne juge personne, qui tend la main à l’enfant qui trébuche.

Les pauvres refusent de faire une distinction entre riches et pauvres. Dieu les aime tous. Ils ont une espérance forte d’un monde sans violence. Le monde est une grande famille, ayant le même père, vivant pour le règne de la paix.

 

 


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La prière de la diaconie

vendredi 2 décembre 2016

PRIERE DE LA DIACONIE

La " Prière de la diaconie", proposée par le conseil diocésain de pastorale et de diaconie s’adresse à tous les chrétiens engagés dans le service de la fraternité auprès des plus fragiles. Que ce soit dans des mouvements d’église, des pastorales ou dans des associations laïques( resto du coeur, banque alimentaire, secours populaire, croix rouge, blouses roses, Entraide Ouvrière, maison d’arrêt...etc... liste non exhaustive !), ces chrétiens n’ont parfois pas de lieu pour se retrouver pour prier et partager ce qu’ils vivent.
Nous vous proposons donc de nous retrouver de façon très libre, le premier vendredi de chaque mois auprès du tombeau de St martin pour un temps de prière suivi d’un pot convivial et d’un temps de partage . Chaque temps pourra être préparé , à son tour, par des personnes différentes.Merci d’inviter autour de vous.
Tous les premiers vendredis de chaque mois, dans la crypte de la basilique Saint-Martin, à 18h30, les :
5 octobre
2 novembre
7 décembre
4 janvier 2019
1er février
1er mars
5 avril
3 mai
7 juin
CONTACT :
Mme Brigitte Bécard,
Déléguée épiscopale à la solidarité
Tél. 06 84 22 37 09