Témoignage d’un partenaire algérien du CCFD

lundi 30 juillet 2012
par  Pôle diocésain de solidarités

 

Un cri de coeur !

C’est jeudi, nous ouvrons notre permanence à huit heures trente le matin, mais déjà quatre femmes et un gosse de treize ans attendent devant la porte. Le propriétaire de leur humble demeure les a foutus dehors ! Pas d’argent pas de maison ! Nous les logeons pour une semaine dans l’hôtel appelé "250". Cela veut dire que le prix est de 250 DA par personne et par nuit. Heureusement que le bon Dieu a été miséricordieux pour nous ce jour. De bon matin, Il nous a envoyé une bienfaitrice avec une somme d’argent, juste assez, pour couvrir les frais de la location et un casse croute.

Quelques minutes plus tard arrive C. Elle a été mise enceinte par un gardien d’un camp de réfugiés au Togo. Prenant la fuite vers l’Algérie elle y retrouve quelques amis qui lui montent une maison avec quelques briques et quelques cartons. Entre temps son violeur est mort du HIV. La fragile C. a peur d’être atteinte de la même maladie et n’ose pas aller consulter un médecin. Après des multiples palabres et des hésitations nous arrivons à la convaincre. Malheureusement le verdict des résultats des analyses est mauvais. Avec le médecin nous devons lui expliquer de se soigner et la convaincre qu’elle peut guérir. Heureusement elle accepte courageusement mais maintenant, au bout de neuf mois et dix jours, elle n’arrive pas à accoucher. Nous allons repartir à l’hôpital pour sauver les deux êtres humains : la maman et le petit en gestation. Dans la nuit nous prions le bon Dieu pour qu’Il soit miséricordieux !

Vers dix heures arrive mademoiselle J. Grâce à une rencontre au Niger avec sa tante et un grand nombre de coups de téléphone, nous avons pu retrouver sa trace après huit ans de recherches ! Lorsqu’ elle a quitté la maison parentale au Congo, elle comptait treize ans ! Aujourd’hui c’est une belle jeune femme de vingt deux ans ! Selon elle, elle vivait à Gao, mais la situation politique là- bas l’a fait fuir vers l’Algérie. Son état de santé est désastreux ! Un de ses deux poumons ne fonctionne plus et celui qui fonctionne a pris une dimension inquiétante. Nous devons lui faire un scanner, mais tous les appareils semblent être en panne dans les hôpitaux à Alger. Alors il faut chercher dans le privé en contre partie d’une très grosse somme d’argent ! Nous vidons nos poches pour la sauver ! Comme ce n’est pas encore suffisante, le propriétaire lui réclame le prix de la location du coin où elle s’abrite, sinon elle n’ a qu’aller gagner son argent en couchant avec "un mec" de passage ! Dans la nuit nous prions encore le bon Dieu pour qu’Il soit miséricordieux !

A onze heures arrive un groupe de huit ivoiriens. Notre local devient trop petit pour contenir toutes ces personnes. Nous ouvrons la porte et débordons sur le trottoir comme à la mosquée les vendredis. Ces jeunes sont des anciens étudiants, ils ont choisi le mauvais côté politique lors des dernières élections présidentielles. Maintenant ils font objet des règlements de compte dans leur pays. A leur arrivée en Algérie il pleuvait et il neigeait. Nous les avons logés provisoirement et inscrits dans des formations professionnelles supérieures en espérant qu’ils obtiennent dans quelques mois le statut de réfugiés auprès du bureau du HCR. Cela ne semble pas le cas pour le moment. Alors comment faire ? Notre caisse de solidarité est vide ! Nous ne pouvons plus payer les logements ni la formation professionnelle. Seule solution qu’ils travaillent en noir pour payer le bailleur de leur logement et la directrice de l’école ! Leurs yeux nous fixent avec un brin de désespoir et une petite larme cachée, parce qu’un homme de leur taille ne pleure jamais en public ! Puis ils ont faim, comment faire pour trouver à manger ! Dans la nuit nous prions de nouveau le bon Dieu pour qu’il soit miséricordieux !

A midi arrive l’adolescent S. accompagné de notre collaboratrice R. Le jeune et gentil S. n’a que seize ans. Il est maigre comme un clou. Notre collaboratrice l’a accompagné à l’hôpital car il a mal partout ! Il a fait des analyses, mais les résultats ne seront rendus que dans dix jours. D’ici à là, il faudra, lui aussi, le loger à l’hôtel 250. Pour gagner cette location et pour son propre honneur il est prêt à travailler dans notre jardin. Cela lui donne droit aussi à un petit déjeuner dès son arrivée et une bonne douche à la fin du travail.

Puis voilà arrive à treize heures encore un groupe de mamans qui veulent inscrire leurs enfants à l’école pour l’année scolaire 2012 – 2013. Nous leur expliquons que ce n’est pas sûr, puisque nous ne voyons pas comment faire face aux frais. Aucune subvention ne nous a été confirmée pour l’instant. Les dames sont inquiètes pour la bonne éducation de leurs petits et nous aussi. Alors il faut patienter et encore une fois prier le bon Dieu pour que cela s’arrange.

Le téléphone sonne à deux fois ! Les pères d’Oran et de Tamanrasset demandent s’ils peuvent envoyer des candidats pour des retours volontaires au Cameroun. Ils sont nombreux, sept à Oran et trois à Tam. Nous devons les décourager, la situation aux frontières avec le Mali ne nous permette pas de les faire passer. En plus il y a de nombreux barrages sur la route où des sommes d’argent importantes sont exigées. Il faut patienter quelques semaines, voir des mois, mais de quoi vivre entre temps ? Dans la nuit nous implorons de nouveau le bon Dieu pour qu’Il fasse quelque chose qui nous permette de les sortir de ce pétrin !

A quinze heures nous partons à la maison en passant par un foyer d’enfants abandonnés. Deux jeunes de dix et quatorze ans sont logés là bas par décision de la justice. Leur mère a été incarcérée pour dix ans. Les petits jeunes sont dans tous leurs états. Comme nous les connaissons depuis long temps, nous les promettons de tout faire pour les amener à la colonie de vacances cet été et d’aller voir leur maman. Nous les quittons les larmes aux yeux, eux et nous. Oh mon Dieu que ton règne arrive !

Alger, le 16 juin 2012 // Jan Heuft.


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