Accueil dans un camion 3 heures chaque mercredi !

samedi 2 juin 2012
par  Pôle diocésain de solidarités

Les trois heures de vie partagée au CAMION J9 le mercredi…à Amboise.

 

Le « CAMION », on l’appelle aussi le « J9 ». Mobile, il stationne sagement toute la semaine, dans la cour d’Emmaüs à AMBOISE. Et chaque mercredi (sauf vacances scolaires) , il est conduit très tôt par un volontaire, sur un parking de quartier encore désert, quartier de Malétrenne, près de l’hôpital, foyer des Jeunes Travailleurs, école maternelle et crèche…

Ce CAMION aurait d’abord une vie à raconter quand il était à TOURS puisqu’il servit à la JOC, à l’alphabétisation des Gens du Voyage...

À une demande de permanence venant d’une équipe amboisienne et comprenant le Secours catholique, le père Philippe Landais, proposa le CAMION J9 qui n’était plus utilisé à TOURS.

Ce fut tout un tâtonnement bien évident au démarrage...Un jeune couple s’impliqua dès le début dans la conduite du véhicule et donna un temps de présence pour l’écoute...Et depuis, sans besoin de grande structure, il y a toujours une personne ou deux ou plusieurs , différentes de par leurs aptitudes, leurs expériences, leur culture générale qui peuvent être là pour les personnes qui, elles aussi, sont bien différentes...et ont envie de venir partager ce qu’elles sont...ou simplement nous saluer et parler...selon le temps dont elles disposent.

Une palette est placée à l’entrée pour grimper plus facilement, une table démontable que l’on sort s’il fait beau ; de même un grand parasol qui ne passe pas inaperçu. À l’intérieur, des banquettes bien défraîchies et pas forcément confortables mais nul ne s’en plaint ! On donne le coup de balai. Et si quelqu’un a pensé à apporter serpillère et eau au fond d’une bassine, c’est la grande toilette...Ni eau, ni électricité. La table est vite envahie par les verres, les bouteilles d’eau et jus de fruit et les gâteaux – tout cela apporté par l’un ou l’autre.

Au J9, on ne structure pas trop. À l’image du camion qui roule, qui peut se déplacer, voyager. Comme un air de liberté.

Deux ou trois étagères et des livres offerts, rangements pour jeux de société, des crayons de couleur et du papier.

S’il fait beau, père Philippe apporte un très grand chevalet, de grandes feuilles et peinture acrylique ou autre...et des enfants, ou bien parfois adultes, osent démarrer et jouer avec les couleurs. D’autres essaient le modelage. D’autres vont battre les adultes avec le jeu de MEMORY !!!

Autres signes de voyage, la grande carte plastifiée des 5 continents où pas si loin de la France, on découvre la situation du Gabon, Cameroun, Sénégal, Centre Afrique, Congo mais aussi Liban, Israël… un panneau aussi avec les photos de Jocelyne et soeur Powla qui, dominicaine et américaine , fut présente à Amboise durant quelques mois et une habituée de ce CAMION. Jocelyne la retrouva l’année suivante à Jérusalem, chez les Bénédictines pour un dîner et à Maison d’Abraham...juste avant le retour en France…Et cela grâce à une communication rendue possible par internet et un échange d’adresse écrite dans ce même CAMION .

Quand on nous pose les questions dès l’ouverture de la porte :

 « Que va-t-il se passer ? Y’ aura-t-il beaucoup de monde ? »

On répond habituellement, « On vous le dira dans trois heures quand nous refermerons la porte » On ne peut dire l’histoire du CAMION qu’à ce moment précis. Ce sont presque toujours de bonnes surprises, de celles qui donnent le sourire. Et on a envie de partager encore ce qu’on vient de vivre. Des joies, des retrouvailles, des nouvelles des uns et des autres, des rires, mais aussi parfois des problèmes sensibles, des solutions et des adresses à trouver, des liens à favoriser.

Qui vient ? Et pourquoi ?

Tout le monde peut venir d’où l’importance d’être dans notre mini équipe – sans statut particulier- très différents les uns des autres- puisque arrivent à nous, des personnes fort différentes aussi.

Nous ne sommes pas une succursale du Secours Catholique qui, elle, a son existence légitime et ses permanences et son public de « fragilités ». Mais certains viennent aussi parfois. Invités peut-être pour certains. Ou bien sont là parce qu’ils l’ont décidé.

G., Gabonaise nous a dit exactement ceci, mercredi dernier. « Ici, il y a un esprit de partage quand on est tous ensemble. On peut faire des rencontres. On découvre des horizons nouveaux. Y’a de la sociabilité »

G.nous apporte son sourire, ses chants africains ou de gospel, sa bonne humeur...Donc, de l’échange... Et J., notre gentille et chaleureuse Camerounaise, de rire...

« Dis donc pourquoi à la messe de Pâques, le prêtre m’a prise pour G., moi J.  !!! »

Et S., qui habite tout près et que l’on voit quand le genou ne la fait pas trop souffrir, octogénaire au teint très clair, d’ajouter :

« Oh si jamais on se coupe et que le sang coule, vous voyez une différence entre nous tous ? Non, c’est la même couleur ».

S. s’embarque souvent dans des situations qu’elle du mal ensuite à démêler et elle dit aller confier tout cela à Marie, dans une petite chapelle de la place St DENIS...mais certains d’entre nous, savons aussi ses confidences.

Sur le haut du très long camion, est écrit de façon très lisible :

PAROISSE CATHOLIQUE SAINT MARTIN DU VAL D’AMBOISE

L’installation de ce long véhicule a-t-il posé des problèmes ?

Il a sûrement fallu une période comme d’apprivoisement pour rassurer ou apporter un démenti à ce qui a sans doute été évoqué. Quelles interrogations y a- t- il eues ? On peut en deviner certaines et apporter nos réponses... Non, on n’est pas des témoins de Jéhovah...Non, il n’y a pas de gourou...Oui, si tu es athée ou musulman, on t’écoute de la même façon...Non, on ne vend rien...

Mais la réponse donnée est surtout dans le fait que nous sommes sereins.

Une de nos premières habituées fut K., voisine dans le quartier et Marocaine de Meknès, qui se trouvait heureuse et joyeuse avec nous. Dès le matin, très tôt, elle savait la première, de sa fenêtre, que le CAMION était en place...Elle était alors enceinte d’un troisième enfant et ne conduisait pas encore. Elle retourna chez elle faire son thé à la menthe qui nous arriva sur plateau d’argent et avec les pâtisseries sucrées du pays...On partagea même des pas de danse sur le trottoir.... On la voit moins au CAMION, car le permis de conduire a été obtenu...mais elle continue de donner des nouvelles du pays ou des enfants.

D’autres Musulmans ? Oui, I. du CONGO, dont le mari est artiste peintre et musicien. Mais, I., musulmane met des limites et ne tient pas à rencontrer les autres Africaines...chrétiennes mais surtout trop volubiles pour elle, qui est plus discrète.

 

Une amie paroissienne a posé cette question. « Il y a surtout des Musulmans finalement ? »

Question surprenante car pas du tout..!

On pourrait aussi vous parler de K., dix-neuf ans, qui sortait de la Crèche juste en face du CAMION où il venait d’essuyer un refus. Car il aurait aimé y faire un stage. Jocelyne allait ouvrir la porte du CAMION. Il était quatorze heures. 

« Bonjour. À la crèche, on vient de me dire que vous pouvez peut- être m’aider ». Or, cette même crèche aurait été au tout début de l’histoire du CAMION, un peu méfiante vis-à-vis de nous qui leur étions inconnus ! K. resta trois heures avec nous. Et avec lui, tout défila, son parcours, son enfance, son désir professionnel, le décès de sa maman. Avec père Philippe, soeur Paul libanaise et dominicaine , au parcours très riche près des pauvres et gens de la rue tout près de Marseille, il parla de ses projets et même d’un projet de baptême. C’était un peu le cadeau après l’immobilisation forcée du CAMION chez un garagiste amboisien pour cause de panne très grave. K. nous apportait aussi sa jeunesse et son humour. « J’habite rue du Christ et à la Croix en Touraine, vous comprenez pourquoi, je pense au baptême » .Si on échangea des adresses et numéros de téléphone, on n’a pas revu K. qui était très amoureux, nous avait-il alors confié... Parce que c’est cela aussi le CAMION. Des personnes qui peuvent ne pas revenir. Mais aussi qui peuvent réapparaître.

Le CAMION, c’est aussi l’ébéniste divorcé qui veut retrouver une autre ville et un travail, ou celui qui connaît des tentatives pour échapper à l’alcool, ou celle qui par manque de famille et de soutien, sombre dans toutes les addictions et fera un titre dans un journal local pour son comportement...De même, cette Africaine de trente ans mais née en France, et qui n’a pas connu l’enracinement solide de la famille africaine et qui manque donc de repères et ne nous raconte pas qui elle est vraiment. On prendra de ses nouvelles quand sa conduite à risque la conduira dans un hôpital de TOURS et parce que sa voiture percutera sur un pont un autre véhicule ... Certaines « fragilités » vont d’ailleurs faire une fixation sur l’un ou l’autre parmi nous, et il nous faudra trouver la bonne distance. Pour eux, pour nous. Et je crois qu’on sait le faire. C’est très important.

T., qui n’habite pas très loin, arrive la toute première, dès quatorze heures. Depuis deux ans, on peut observer ses progrès en lecture et sa joie d’être avec nous. La semaine dernière, elle était absente et ses petits camarades l’ont réclamée car elle est toujours de bonne humeur, polie, et avec les adultes, volontiers prête à aider dans le rangement ...Son papa, africain de Centre-Afrique a connu la maman russe, blonde aux yeux bleus en Russie. Et un choix de vie dans la ville d’AMBOISE. Son papa est venu une seule fois au CAMION, pas très à l’aise avec la langue française et c’était il y a deux ans. On ne saura pas s’il a progressé car on ne l’a pas revu. Même chose pour la maman. Ce qu’on peut supposer, c’est qu’ils semblent nous faire confiance. Ils savent où est leur fille. T. a déjà rapporté pour sa chambre, en nous quittant, de très grands dessins encore tout remplis de peinture fraîche.

On peut aussi vous parler de C., intermittent du spectacle, et de son bébé. La maman travaillait. Le couple avait fait le choix de vivre à la campagne et C. semblait heureux de découvrir la venue au monde de cet enfant dont il s’occupait très bien. Au moment où il nous quitta car l’heure du biberon approchait, on lui donna quelques adresses où il pourrait peut- être se produire comme chanteur- musicien.

Monsieur M., 92 ans fut guide au château et il vient nous voir régulièrement soit avec sa voiture qu’il conduit toujours, soit à bicyclette. Seules les grandes côtes sont difficiles. Pour lui, il est important et même essentiel de pouvoir parler du patrimoine local, de l’histoire du château, et de l’histoire générale. Avec lui, on apprend toujours.

I., elle, accompagnée de deux de ses enfants, nous découvrit au CAMION et très volubile, nous raconta qu’elle allait passer le permis de conduire. C’était très important pour elle. Le père Philippe, souriant, lui proposa de prier pour elle. Non seulement elle accepta, mais elle raconta que depuis la mort de son père, plus jamais elle ne put rentrer dans une église. Non seulement, elle a obtenu son permis et elle vint nous le dire mais aussi, elle accepte si on arrive à faciliter l’occasion, de rentrer à nouveau dans l’église qui sera celle de St Denis sans doute- accompagnée de celle qui le lui a proposé et qui serait à ses côtés, dans la discrétion. Avec sûrement, on peut le supposer, le geste d’allumer un cierge pour son papa.

Souvenir aussi très fort de la première visite et premier arrêt au CAMION d’une jeune dame accompagnée de deux jeunes enfants. On comprit très vite qu’elle était sourde et muette. Et là, il faut savoir inventer les gestes, parler avec le corps, essayer l’écriture des prénoms- les nôtres- les leurs- On soumettait tout cela à l’enfant qui démarrait la lecture car la maman ne sait pas du tout lire. On apprit peu de choses mais que le papa fabriquait des chaises. Et il ne fut pas difficile de penser « aux gens du voyage ». On les revoit très souvent. Et on eut un peu plus de détails quand deux nièces d’environ vingt ans, vinrent aussi s’ajouter autour de la grande table qui était sortie avec le soleil. On apprit alors que d’autres membres de la famille étaient atteints génétiquement et étaient aussi sourds et muets. La fillette que nous connaissions prononça le mot de « Manouches » les concernant. On peut donc employer ce mot maintenant avec eux. Un grand garçon joua avec le prêtre. Avec ce qu’il était, ce presqu’adolescent…. Ses habitudes, son franc parler, sa liberté. Ce qui nous « dérange » souvent. La différence. Mais tout se passa fort bien. Ce qui n’empêche pas les remarques que l’on peut faire « Moi, je te parle gentiment, j’aimerais bien que tu fasses la même chose ». Remarque bien acceptée.

B. et P., eux, habitaient le quartier. Anciens élèves au collège Choiseul d’Amboise (c’était le terme alors, pour cette structure qui se trouvait au sein d’un collège et destinée aux élèves qu’on qualifiait aussi « d’inadaptés » structure qui changea seulement de nom, devenant S.E.G.P.A. Ils vivaient donc ensemble, avaient un enfant et un autre qui tout petit, était aux soins intensifs à l’hôpital de TOURS. C’est ainsi que le prêtre se trouva au chevet de cet enfant qui survécut mais est très gravement handicapé. Le groupe ALPHA les accueillit à quelques rencontres. Ils se sont installés à la campagne .

Pour M., originaire du Sénégal et qui a besoin de légaliser son séjour en France, nous avons contacté des services d’immigration. L’écoute ne lui suffisait pas. Il faut résoudre son problème. Mariée au Sénégal, avec un de ses concitoyens, qui, lui, s’exila en Amérique depuis plus de vingt ans en lui promettant de la faire venir. Mari, qui n’est jamais revenu. Qui ne la fait pas venir là où il est depuis tant d’années. M., qui a maintenant 47 ans, cherche annulation de son mariage et voudrait refaire enfin sa vie avec un Français qu’elle nous a présenté et qui est très attaché à elle. C’est une dame gentille et très structurée et qui voudrait travailler. Elle sait nous donner des nouvelles. Et on la voit aux offices religieux car elle est très croyante. On a même pensé lui confier quelques heures de présence au presbytère car cela serait bien pour tout le monde. Comme un échange. En attendant le travail qu’elle trouvera.

Le CAMION jouxte le terrain de boules d’AMBOISE. Les boulistes, ce sont surtout des hommes amboisiens. Qui n’ont aucune envie de parler. Un petit salut de la tête. C’est tout. Mais un jour, il y eut une compétition départementale. Et pour sortir du terrain clos et aller vers les voitures situées sur le parking, on longe notre J9…et aussi la table, et le parasol et on entend forcément nos rires…Plutôt deux hommes qui venaient de la ville, comme on dit…ont cherché l’un après l’autre, le dialogue. Deux nouveaux retraités. Et ce fut une vraie conversation franche sur la religion. Qui venait d’eux. L’un avait besoin de remercier chaque jour le Seigneur, nous disait-il, et pas seulement pour lui-même et ce qu’il demandait et obtenait souvent mais pour les autres. L’autre, nous raconta sa grave opération du cœur réussie. Et ce que cela avait changé dans sa foi.

Des témoignages, nous en vivrons encore.

C.qui sait bien écrire et est à Amboise depuis seulement un an, nous écrira peut-être elle-même son livre des Merveilles…puisqu’on la voit après un épisode douloureux, sourire et relever de plus en plus la tête…elle, qui se définissait tout au début comme la « Rivière du Doute »…

 

La vraie question à se poser n’est peut- être pas « Qui est mon prochain ? » mais « Suis-je le prochain pour d’autres ? » Réponse de Jésus au Samaritain.« Va et fais de même » .

Aimer mon prochain, c’est aimer tous ceux qui passent sur le chemin de ma vie. Et qui ont besoin de mon aide.

Or, on ne peut aider tout le monde. Nous n’avons pas toutes les qualités pour cela. Mais on peut orienter vers une autre personne qui saura davantage, elle.

Le prochain est bien divers : l’ami, l’ennemi, l’étranger, l’enfant, le vieillard, le pauvre.

Facile ? Non. Cela nous coûte de l’argent, du temps, de la fatigue, de l’écoute, des larmes, des nuits blanches.

Nous inviter comme le fait Jésus à devenir « le prochain » pour les autres, c’est être cela. C’est se rendre « proche » .

« Va et fais de même ! »

DIEU est-il avec nous tous dans ce CAMION ?

Puisqu’ il est partout sur nos pas, il est l’EVIDENCE…

Et la BIBLE, dans les Actes, les psaumes, les proverbes…nous donne les meilleures des réponses.

Luc 6 ; 38-  Exode ; 4 -12

 Jean 3 ; 17 Timothée 3 ; 16- 17

Matthieu 25 ; 35-40 Philippiens 4 ; 19

Jacques ; 2 ; 14-17 Luc 10 ; 25- 37

Galates 6 ; 2 Matthieu 20 ; 26

Proverbes ; 19 ; 17 Matthieu 7 ; 21

Hébreux ; 6 ; 10 PSAUME : 23 ; 1 - 6

Romains 12 ; 13 Jacques 2 ; 13

2 Corinthiens 9 ; 12 Matthieu 25 ; 44-45 

Ephésiens 4 ; 28 Matthieu 25 ; 31-46

Marc 10 ; 21 Jean 3 ; 16

Actes 4 ; 32-35 Timothée 5 ; 8

 

Et la liste ne s’arrête pas là… !

 

 

 


Commentaires

Logo de marie teinturier
jeudi 28 juin 2012 à 08h29 - par  marie teinturier

Superbe témoignage à lire, mais encore mieux à entendre.
Comme la Parole de Dieu, moi j’aime bien l’entendre.
C’est un peu de cet ordre là non ? des Actes qui continuent ?
une ancienne du J 9 à Tours
Continuez !
marie

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