Lire la Parole de Dieu avec les plus pauvres

jeudi 8 mars 2012

Lire la Parole de Dieu avec les plus pauvres
 
“les pauvres eux-mêmes sont des agents d’évangélisation”
(BenoitXVI, lettre aux évêques)
 
 
Aux sources d’une hospitalité de la parole de Dieu
 
1.Comment accueillir la parole d’un autre ?
 
L”étrangeté” de la parole de l’autre.
La parole de l’autre me bouscule, me dérange ; elle peut être indéchiffrable ;
Elle fait exploser mes cadres, m’oblige à sortir de moi.
Les difficultés d’entendre aujourd’hui la parole des pauvres serait liée à ce que la société a perdu le sens de l’hospitalité.
Dans les sociétés traditionnelles existe un devoir d’hospitalité. Exemple ; en Afrique, un pauvre donne tout ce qu’il a à manger.
Dans notre société où les modes de vie se sont uniformisés, on montre qu’on est le plus fort, le meilleur. Dans une société matérialiste, les propositions de consommation laissent une partie de la population dans l’exclusion.
Nous devons retrouver le sens d’une communauté à créer ensemble.
L’accueil de la parole des pauvres peut nous faire entrer dans une pratique d’hospitalité.
L’accueil peut marquer un changement en nous.
L’origine du mot hospitalité : vient du mot hostis qui signifie à la fois ennemi et hôte ( le philosophe Derrida parle d’une “hosti-pitalité”)
Parfois, on se méfie de la parole des plus vulnérables
“ peut m’estranger à moi-même” (Montaigne) Cela oblige à réfléchir sur les frontières, les limites, le seuil. Chacun a le désir d’être reconnu. Parfois on sacrifie quelque chose pour une reconnaissance à tout prix.
Cela peut aller jusqu’à nous mettre devant nos responsabilités de faire changer les situations de pauvreté, de ne pas fuir.
 
Dans notre société , où sont les lieux où l’on peut discuter sans préjugés, les uns avec les autres ? Il y a une réduction des espaces d’échange, de lieux d’une parole vraie, qui engage.
 
Il existe une hospitalité conditionnelle : elle doit être organisée, encadrée, avoir des règles pour définir l’inclusion ou l’exclusion.
Mais il y a aussi une hospitalité inconditionnelle ou absolue, héritage judéo-chrétien.
( ex : Socrate à son procès :” je veux être traité en étranger”)
 
Souvent nous imposons aux autres notre langue, il y a un poids de la langue.
 
Faire l’expérience de l’hospitalité, c’est faire l’expèrience de la langue de l’autre.
 
Le droit à l’hospitalité se confond avec le droit à la parole.
Il faut redonner du sens aux mots, par exemple, le mot “hôpital”, quel sens de l’hospitalité y est donné ? Quelle écoute de la parole des patients ?
Quelle écoute de la parole des SDF : certains ne veulent pas un endroit fixe pour dormir mais un lieu où poser leurs bagages...Il faut être attentif aux différentes façons d’être hospitalier.
L’avantage des régles c’est de donner des droits, mais l’hospitalité va plus loin que le droit.
(Ex : le parti communiste,, historiquement, a donné la parole aux pauvres. Où la parole des plus pauvres est-elle entendue en politique ?.)
 
La pratique de l’hospitalité demande de
- faire crédit, faire confiance,
- accorder du temps
- permettre que les choses puissent se construire.
 
Pour certains, dès l’enfance, la parole a été bloquée, humiliée, méprisée (“ tais-toi, fais ci, fais ça..”)
L’exclusion de la parole entraine la destruction, une désaffiliation, une déresponsabilisation., elle est source de violence.
 
Dans l’Evangile de Matthieu, 25, 35, c’est l’expérience de l’hospitalité absolue.
Comment, dans la société actuelle, militons nous pour des lieux où l’on accueille de façon in conditionnelle, sans exigence. Cela peut contrarier notre société qui est dans l’auto-protection.
 
 
2. L’Hospitalité de la parole.
 
Jacques Derrida parle de “déconstruction” pour essayer de voir tout ce qui a pu emprisonner, sédimenter la parole.
Il faut sortir d’un discours où tout est basé sur la maîtrise.
“quand on est un professionnel du social, on a appris, on sait”
 
L’accueil de la parole du pauvre nous place dans la dé-maîtrise..
 
Il faut parfois faire le deuil de la compréhension spontanée de ce qui est dit. L’émotion peut aussi nous mettre dans l’erreur.
On ne peut pas se mettre totalement à la place de l’autre (qui est “insubstituable”), il y a une logique de la différence, mais il peut y avoir du “jeu dans les pièces” qui permet de s’ajuster. Cela peut entraîner une déstabilisation.
Il faut essayer de s’inscrire dans un espace où “lui et moi” allons pouvoir partager quelque chose, d’indiscernable, d’inqualifiable... un espace neuf, disponible.
L’hospitalité de la parole des personnes en précarité peut varier, il peut y avoir des résistances de notre part : par rapport à une compréhension immédiate, ou par rapport à une prescription (faisons ci et ça..) ou encore par rapport à une solution facile (il n’y a plus qu’à...)
L’hospitalité doit nous aider à ralentir, nous rendre attentif au “je” qui ne relève pas de l’évidence. C’est une désappropriation de nous-mêmes.
 
Dans une parole authentique, je dois accepter qu’une partie de moi m’échappe.
 
Des interactions, reprises, négociations amènent au dialogue qui, lui même, produit un vivre- ensemble apaisé.
La délivrance de la parole des plus pauvresnous aide à dépasser les frontières. Mais il existe aussi un effacement dans cette parole, une volonté d’être invisible (si fixations, désirs révés, pas entendus..) Il existe des “plis”, des cachettes dans la parole des plus vulnérables
 
La parole des pauvres doit être accueillie dans l’instant. Il faut accueillir ce qui est à naître, ce qui pourrait être dit...
 
3. Hospitalité de visitation.
 
Levinas médite sur “l’autre, accueilli par rapport à ses qualités”.
disons oui à l’arrivant avant toute détermination, anticipation, identification..”
Il faut accueillir l’autre avec l’infini qu’il porte.
L’autre m’invite, me libère de mon “chez moi “, me dépouille, me dépossède de mes certitudes.
 
Je ne parle plus la même langue, je reçois la sienne.
 
Seule une visitation est inconditionnelle : il n’y a pas d’attente, pas de prévision. C’est uen dépossession, une mise entre parenthèses.
C’est d’e l’ordre du “messiannique” : une arrivée sans horizon d’attente.
Ce n’est pas dans un programme : nous essayons de faire émerger des voix dans une société qui ne veut pas les accueillir.
L’éthique de l’hospitalité, c’est déjà du politique.
On essaie d’établir une relation d’universalité avec chacun. Dieu fonde cette pratique, si l’on est croyant.
Mais il faut essayer de travailler avec d’autres, dans les actions de solidarité, on a beaucoup a apprendre des non croyants.
 
On doit considérer chaque parole comme un événement (Emmanuel Mounier “l’événement sera notre maître intérieur.’”
Quand on est dans l’échange, l’événement devient l’avènement. Quelque chose de neuf émerge, se crée, se dit, du nouveau.
 
Il faut une acceptation du déplacement, pas des conduites standardisées qui nous protègent mais nous masquent les choses
 
La première condition de l’accueil, c’est une reconnaissance de notre dénuement.
 
 
 
Notes prises lors de l’intervention de Jean -François Petit au colloque Parole et Diaconie, à l’université catholique d’Angers le 5 mars 2012.
 

Commentaires

Agenda

<<

2018

 

<<

Novembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293012
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois